Twenty Feet From Stardom et le chant

Twenty Feet From Stardom, le documentaire

J’ai eu la chance avec quelques membres de ma chorale d’assister à l’avant première de Twenty Feet From Stardom, c’est un documentaire qui met en avant le rôle des backup singers, ou choristes qui ont accompagné les légendes du rock et de la pop musique sur scène. Grâce à ce documentaire j’ai découvert le portrait de quelques femmes talentueuses, de leurs origines musicales du gospel, mais aussi le fonctionnement de l’industrie musicale.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=217344.html

Synopsis
Nous sommes des millions à connaître leurs voix, mais personne ne connaît leurs noms. Twenty Feet from Stardom raconte l’histoire secrète des choristes qui se cachent derrière les plus grands hits de la musique populaire. C’est une célébration de ces voix de l’ombre, de ces performances d’exception qui, au-delà de la lumière des projecteurs, du fond de la scène, apportent tellement à ces chansons que nous connaissons tous. Le film suit une demi-douzaine de ces chanteurs de talent à travers l’histoire de la musique. Chacun a sa propre expérience à partager, en marge de la gloire et des stars mondiales. Ils représentent des styles musicaux variés, illustrent des époques différentes, mais tous font partie de la grande famille des voix qui nous font vibrer. Leur tour est venu d’entrer dans la lumière…

(source : allociné.fr)

A une certaine époque, étant choriste, on pouvait parfois être remarqué par un producteur ou le chanteur du groupe et être poussé vers l’avant de la scène.
Lors des interviews de choristes et de chanteurs célèbres on y découvre également leur conception du chant et l’exercice très singulier d’utiliser sa voix pour partager des émotions avec le public.

Ils expliquent très justement que le choriste ou chanteur doit utiliser l’instrument qu’est sa voix pour s’exprimer, et que cet exercice est une mise à nu. La voix c’est quelque chose de très intime, elle révèle beaucoup sur le vécu, la personnalité d’une personne.
Elle montre toutes les failles, les sentiments et aussi la force de caractère.
Pour les personnes qui ont eu une vie compliquée, dont des addictions tels que l’alcool, la cigarette, drogues dures, leur voix peut en porter les traces. C’est un muscle et en tant que tel il est fragilisé par une mauvaise hygiène de vie.
Il y a aussi le registre, que l’on ait une voix grave ou médium de basse, d’alto ou une voix plus aiguë et fluette comme un ténor, une soprane, le son ne sera pas le même.
Il y a bien sur des exceptions, on peut avoir une voix légère d’alto et une voix profonde de soprane, en fait il n’y a pas de règle, simplement en musique on divise les voix par pupitre, par la capacité à chanter dans une octave.

Les artistes interviewés explique que pour être le chanteur d’un groupe, il faut une forte dose d’égo, de narcissisme et aussi de folie. C’est une expérience très singulière que de vouloir s’exhiber sur scène devant des milliers de personnes et de partager son univers. On donne et reçoit beaucoup d’énergie et d’émotions du public, de l’amour même et après il y a comme une descente, comme après un « bad trip ». Le décallage entre ces ressentis peut être violent pour certains, il faut être fort mentalement pour s’adapter à ces changements rapides.
Certains choristes ne recherchent pas ça, ils ont la compétence et le talent pour chanter, mais préfèrent rester en arrière plan, derrière les spots, et moins se dévoiler du coup.
D’autres n’arrivent pas à percer en tant qu’artiste solo car ils sont étiqueté comme choriste toute leur carrière. Un peu comme un acteur de sitcoms tv peut parfois galérer pour obtenir un rôle au cinéma.
C’est un trait typiquement européen, voire français que d’essayer de mettre des étiquettes sur les gens.
Aux Etats Unis le concept de entertainer est bien plus large, certains se sont fait connaitre avec une palette de registres: comédien, humoriste, chanteur, danseur…C’est l’essence même du show à l’américaine où l’on encourage de diversifier les palettes d’un artiste.

L’industrie de la musique et la qualité du son a changé. De nos jours les maisons de disques et producteurs prennent moins de risque et veulent assurer un retour sur leur investissement, ils cherchent avant tout des « produits » vendables et tout de suite. Les artistes les plus bankable ne sont pas forcément les plus méritants.
Les techniques de production ont évolué, les hits/tubes d’aujourd’hui sont presque tous en « auto-tune« , ce qui revient à gommer les variations de fréquence, on obtient un son lissé, de plus le son est compressé en mp3.
Les performances sont faites souvent en playback, le public entend la bande son et le chanteur se contente de bouger les lèvres, le fameux lip synch tant décrié par les critiques. C’est une techniques très prisée des émissions de tv, et parfois en concert « live ».
Le grand public s’est habitué à ce tour de magie, ce qui va différencier un artiste d’un autre et le rendre populaire c’est son image visuelle et médiatique, soit que le public s’y identifie ou le place en tant qu’idole inaccessible.
Bref l’évolution de l’industrie a fait perdre à la musique ce qui faisait son âme et son sens et il est de plus en plus difficile de réussir dans ce milieu.

Mon expérience du chant et du jeu scénique

Ce documentaire a profondément fait écho avec mon expérience du chant, plus jeune je m’entrainais des heures dans ma chambre avec un micro et un radio-cassette pour écouter en playback. Je n’ai pas appris le solfège, c’est en imitant les sons que j’ai appris à chanter, à poser ma voix, le rythme. Je m’inspirais notamment des chanteuses à voix: Whitney Houston, Mariah Carey, Celine Dion, Lara Fabian…et je me mettais sur scène lors de spectacles en famille ou avec des amis. Mon public était toujours familier et en petit nombre.

Parmi mes activités scolaires préférées il y a eu le théâtre, en primaire dans la section américaine on montait plusieurs spectacles par an, pour marquer des évènements, en automne avec Thanksgiving et à la fin de l’année. J’ai donc découvert la scène très tôt et j’adorais me donner en spectacle.
Plus tard au collège j’ai continué le théâtre, en cours de littérature anglaise, puis avec un groupe qui s’est crée, j’ai étudié les grands dramaturges classiques, Shakespeare en anglais, Molière pour le français.
Au lycée j’ai récité les textes de Corneille, Racine pendant des lectures/récitations, on nous a amenés aussi à des représentations et j’ai eu le déclic.

Mais il y a une contradiction forte en moi, entre l’envie irrésistible de monter sur scène et celle de rester dans les coulisses.
Avec les années et les évènements de la vie j’ai aussi perdue de l’aisance que j’avais lorsque j’étais sur le devant de la scène, je cherchais plutôt à rester en arrière, à observer sans m’exposer de trop.

La musique et le chant ont toujours fait partie de mon univers, j’ai rejoint ma première chorale à 18 ans et dans l’ensemble j’en garde de bons souvenirs.
Après plus de dix ans loin des groupes, j’ai assisté à un concert d’une chorale et j’ai eu le déclic tant attendu.
J’ai rejoint fin 2012 The Voice of Freedom dont je vous ai un peu parlé sur le blog.
Nous pratiquons un répertoire de chants gospels et negro spirituals. Le Gospel prend sa source dans les textes de la Bible,
les Negro Spirituals sont des chants venus d’Afrique noire, chantés par les esclaves qui furent exploités dans les champs de cotons dans le Sud des Etats Unis notamment. Ces textes parlent des conditions de l’esclavagisme, de leurs rêves de liberté, d’espoir via la foi.
Malgré la connotation religieuse de ces chants, nous revendiquons une neutralité totale, toutes les confessions et non croyants sont les bienvenus, du moment que les membres partagent la passion du chant et de la musique au sens large. Tout comme on peut apprécier une oeuvre d’art inspirée la Bible, on peut aimer un chant « religieux » qui parle de Dieu, sans être rattachée à une religion.
Je dirais plutôt qu’il s’agit de spiritualité et de sensibilité à la musique de tous les horizons.

Nous répétons tous les mardi, et donnons plusieurs concerts dans l’année.
Les premières représentations m’ont marqué, ce conflit entre vouloir être sur scène devant un public et rester dans l’ombre a ressurgi avec force. Au début ça s’est manifesté avec du stress juste avant le début du concert, tous les muscles du corps qui se crispent, des crampes, des migraines, la gorge sèche, les mains moites… parfois pendant toute la durée du concert et après la représentation.
C’est très physique de chanter sur scène, on mobilise tout son corps.

Bref au début ça n’a pas été qu’une partie de plaisir. Ce stress avait un effet sur ma voix, plus on stresse, plus les cordes vocales se contractent, l’air ne passe pas bien et on manque de souffle.
Or c’est le souffle qui permet de propulser le son, les notes de votre bouche. Sans une bonne technique de respiration, la voix s’abime, devient rauque, autant dire que ça devient difficile de chanter dans ces cas là.
Alors bien sûr nous sommes avant tout un groupe, mais mon Narcisse me fait croire que tout le monde me regarde.
Cette impression est amplifiée par ma position, je suis dans la première rangée, on est classée par taille et je suis un petit gabarit.

J’ai persévéré, et après 5-6 concerts (et oui déjà! ) je suis en mesure de dire que ça y est, je m’éclate sur scène ! J’oublie le stress, je l’accueille même car j’ai appris à en faire un allié. Je me sers de l’adrénaline que je ressens avant de monter sur scène, elle me donne de l’énergie pour tenir plus de deux heures debout à chanter, bouger…

Ce stress, cette énergie est ce qui me permet de donner une bonne performance, cette conscience du travail bien fait, de vouloir donner le meilleur de soi et de partager le plus d’émotions avec le public.
Et j’ai retrouvé le plaisir de partager ma passion avec un public venu en nombre, au maximum ma chorale a chanté devant 400 personnes ! Imaginez-vous qu’en moins d’un an je suis passé d’un auditoire de 10 personnes au plus, à un public de 400 têtes !
Parfois mes proches se glissent dans l’auditoire et je suis très touchée qu’ils soient venus et qu’on puisse échanger nos ressentis après le concert.

Dans ma listes d’identités je peux ré-activer le chant, et aujourd’hui je dis fièrement je suis chanteuse, ou choriste.
Cette casquette que j’ai choisie naturellement dès l’enfance me plaît, me correspond parfaitement.

Il y a longtemps j’ai décidé que cette passion resterait un hobby,  je ne voulais pas en faire un gagne pain, de devoir « vendre » mon art.
J’admire ceux qui le font, se heurte aux auditions, aux rejets des castings. J’ai dans mon entourage des musiciens, danseurs, comédiens, et j’admire leur ténacité, mais je sais aussi que ce n’est pas pour moi.

J’aime pouvoir être choriste à l’intérieur d’un groupe, pouvoir évoluer en tant qu’individu et en tant que membre d’un collectif.
Je me sens portée par le groupe et ça me donne l’espace, les moyens de développer ma technique du chant et le plaisir de pratiquer cette passion avec d’autres.

Si vous ne l’avez pas encore vu et que ce sujet vous intéresse, je vous conseille chaudement de voir Twenty Feet From Stardom qui joue dans certaines salles de paris et de France, ou d’attendre sa sortie en dvd (prévu au cours du printemps 2014).

J’espère que cet article vous aura plu, c’est assez rare que je partage autant d’aspects très personnels de ma vie. 
J’espère aussi que ça vous aura donné envie d’en savoir plus ou de partager votre expérience de la musique dans les commentaires.

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